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CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER est une tribune d'animation critique de l'actualité politique africaine. Elle met un point d'honneur à la défense de la démocratie et des droits humains. Elle se propose d'assurer une veille citoyenne en livrant des appréciations empiriques des décisions politiques susceptibles d'entrer en collision avec la normalité démocratique et les droits fondamentaux des citoyens.


JOYEUX ANNIVERSAIRE, MONSIEUR LE PRESIDENT !

Publié par AMADOU ADAMOU Bachirou sur 8 Octobre 2015, 00:32am

Catégories : #politique

JOYEUX ANNIVERSAIRE, MONSIEUR LE PRESIDENT !

Monsieur le Président, Joyeux anniversaire.

Je vous ai vu hier à la télé, comme beaucoup de Nigériens, j’ai suivi l’entretien que vous aviez bien voulu accorder à la presse. J’avoue que j’ai été bleffé par votre « one man show » digne d’un MC en plein « show time » à Boston. Ah j’oubliais, vous revenez des Etats-Unis où vous aviez été mis à l’honneur pour votre gouvernance et votre engagement panafricain. Une fois de plus, je vous en félicite monsieur le président. Tout comme votre prédécesseur, vous aviez permis à ce que les couleurs de notre drapeau flottent sur une ville américaine. Quel mérite! Saviez-vous monsieur le président, que Tandja Mamadou, a été invité à la maison Blanche par Georges Bush le 13 juin 2005 et présenté comme suit: « Je considère ces hommes comme mes amis, je les considère comme des patriotes convaincus de leur nation respective, et je les considère comme des démocrates ». C’était au cours d’une cérémonie de mise en l’honneur de cinq chefs d’Etat africains jugés fréquentables par Washington. Ce qui a d’ailleurs valu au Niger de figurer parmi les dix huit (18) Etats qui ont vu leurs dettes multilatérales effacées. Je ne vous apprends rien, mais le rappel me paraît nécessaire en ce moment de l’histoire exaltante de notre pays, car cette distinction n’a pas empêcher à Tandja le patriote, Tandja le démocrate, d’altérer l’alternance voulue par les démocrates. Bref, ce rappel historique me permettra de me faire comprendre plus loin dans mon développement car j’ai tant de choses à vous dire.

Revenons-en à la fête anniversaire d’hier soir.

Monsieur le Président, que les années passent vite, très vite. Quatre ans déjà que vous présidez aux destinées de notre pays. Quatre ans c’est peu dans la vie d’une nation mais beaucoup quant aux engagements d’un homme. On peut donc, sans risque de se tromper, déterminer le lieu géométrique de vos actes et de vos paroles, de vos démarches et de vos tentatives, de vos trouvailles et de vos expériences.

Ce lieu géométrique, ce point de rencontre de tout ce qui porte votre marque, c’est l’erreur.

Depuis quatre années qu’il y a au gouvernement du Niger des socialistes, s’écrivent devant nous une encyclopédie de l’erreur, une Légende des siècles de l’incohérence. Vous en endossez la paternité pleine et entière puisque vous êtes le premier responsable des affaires publiques. Par conséquent je ne cours pas le risque d’envoyer cette lettre à une mauvaise adresse.

Vous vous exprimiez il y a moins de dix ans, contre la proposition du président de la République de former un gouvernement d’union nationale, en des termes rigoureux. En tant que chef de l’opposition, vous parliez alors d’escroquerie politique. Ces termes sont de vous, on peut déjà vous les appliquer. C’est qu’en politique comme en économie, dans les affaires sociales comme dans la Défense nationale, dans vos rapports avec les corps de l’Etat comme dan la philosophie qui vous inspire, vous personnifiez l’erreur permanente.

« C’est le propre de l’homme de se tromper mais seul l’insensé persiste dans son erreur[1] ».

Je vais démontrer tout cela, et que l’erreur, dans les affaires publiques, se dissimile sous les voiles du mensonge, et que l’écart constant qui vous sépare des réalités vous fait suivre un itinéraire divagateur. Si vous passez à l’histoire, elle n’aura pas de peine à vous caractériser, comme elle sait le faire d’un trait : après Tandja le baroudeur, nous aurons Issoufou l’entubeur.

Il y a des règnes ou des présidences dont il faut attendre l’achèvement pour les juger. Je ne pense pas que, dans votre cas, ce soit nécessaire. Pour économiser ma peine, je préfère, dès maintenant me livrer au dénombrement de vos erreurs car si j’attends encore, il me faudra une mémoire supplémentaire.

Mais voici que je m’interroge : ce grand ravage des structures de notre pays n’est-il qu’une erreur, n’est-il pas aussi volonté de détruire, pour imposer le songe fiévreux qui vous possède de passer un second mandat ? « A partir d’un certain âge, la gloire s’appelle revanche[2] ». N’en êtes vous pas là ? Vous qui avez fait vingt ans d’opposition aujourd’hui président ?

Car enfin, dans un premier temps, qualifié d’ « état de grâce », vous avez détruit et laissé détruire les bases économiques et financières de notre pays : la grâce a couvert un formidable gaspillage des économies et des ressources de l’Etat, des institutions sociales et de la Nation. En deux ans déjà, le résultat fut éclatant : de pleines, les caisses étaient vidées ; tandis que les entreprises s retrouvaient exsangues et les citoyens présurés d’impôts. Jadis équilibré, le budget national connaît le plus somptueux de déficit et l’économie glisse vers un dérèglement et une régression constants. Ce brillant succès découle d’un enchaînement de décisions plus éloignées les unes que les autres de toute réalité grâce auxquelles vous aviez pensé relancer l’économie, non seulement par la consommation, mais encore par les investissements et, enfin, au petit bonheur la chance.

Sans transition, vous êtes tombés dans l’excès contraire. Avec la plus grande brusquerie, vous avez inversé tous vos objectifs. La rigueur extrême a succédé au gaspillage généreux. Mais vous avez mal choisi vos méthodes et vos objectifs. Le peuple épuisé, en particulier, continue de souffrir de vos querelles internes. Vous l’avez garroté, matraqué de charges, sans aucun réel espoir de renaissance. En lieu et place de la renaissance, vous avez bafoué et assommé votre peuple. Ce dernier, par vos soins diligent, a le plus grand mal à survivre.

Cette liquidation économique, perpétrée par un laxisme aveugle, lequel fut suivi d’une rigueur maladroite, s’accompagne aujourd’hui d’une liquidation politique qui remet en cause des libertés traditionnelles et même d’une liquidation sociale des catégories professionnelles et des institutions qui vous gênent, des commerçants aux agriculteurs en passant par toutes les professions indépendantes et libérales.

Là encore, je me le demande : cette destruction brutale et rapide est-elle stupidité, erreur ou bien machiavélisme ?

J’écarte la stupidité. Vous êtes trop intelligent et fin, votre duplicité s’appuie sur trop d’expérience pour que cette hypothèse soit à retenir. Reste à examiner les deux autres éventualités.

Je ne puis écarter l’erreur. Vos ministres s’y montrent particulièrement aptes.

Mais je ne puis non plus exclure le machiavélisme, par désir d’imposer votre secrète volonté, fût-ce même contre la volonté nationale. Certes, vous ne taisez pas votre vœu de changer la société ; mais vous vous gardez bien de décrire la société que vous voulez lui substituer. Vous donnez l’impression de vouloir conduire insensiblement, à petits pas, dans le secret de la nuit, le Niger vers un corral où il ne veut pas entrer afin de fermer soudainement la barrière derrière lui.

Cet art de manœuvrer, d’avancer masqué, doucement, les cils papillotant, votre personne enveloppée de silences et de mystères, pour mieux circonvenir l’adversaire, est bien dans votre manière. Des clairs-obscurs ambigus et des contradictions étranges marquent votre bilan politique. Et que dire de votre goût secret pour l’usage de la force qui surgit parfois, telle une bulle de vérité éclatant à la surface d’une mare.

Vous avez jeté à la foule et à la presse votre refus de l’adversaire, donc votre refus de la démocratie. Aujourd’hui, vous affirmez votre volonté de prendre le pouvoir sans tenir compte des lois, ni d’ailleurs de la volonté des Nigériens. En témoigne l’entrée en campagne de votre parti. Vous marchez scrupuleusement sur les marques de pas laissées par vos prédécesseurs, exerçant le pouvoir d’une main scélérate et parlant avec une langue fourchue par personne interposée. Ainsi, En rappelant à vos cotés, comme ministre d’Etat à la présidence, le président de votre parti vous avez réussi à jeter en pâture la Constitution qui vous place au-dessus des partis politiques. En effet, la rigueur démocratique vous aurait commandé de remercier tout simplement votre ex-chef de la diplomatie, après quatre années de bons et loyaux services. Par conséquent, en le désignant ministre à la présidence, sans véritable attribution, vous avez décidé de l’ouverture de votre QG de campagne que vous co-présidez avec le président de votre formation politique, prônant ainsi, une nouvelle organisation électorale qui abandonnerait la logique constitutionnelle, traditionnellement admise. Depuis quatre ans, vous changez constamment de discours ce qui m’a toujours laissé l’impression que votre respect de la démocratie et de la Constitution avait ses limites.

Erreur de laxisme, erreur de rigueur, d’où est né le paysage misérable et stérile fait d’échecs successifs que nous avons aujourd’hui sous les yeux. Mais machiavélisme, aussi, qui utilisera cette table rase pour nous imposer, sans la définir, ce que vous appelez le socialisme nigérien, et qui n’est qu’une variété à peine édulcorée d’un régime marxiste planifié, autoritaire, bureaucratique et, par là, appauvrie, sans espoir et menaçante pour la liberté.

Machiavélisme puisque dès la prise du pouvoir, il s’agit de créer une situation de crise et de rupture irréversible qui permet d’aller plus encore. Sur ce point, la mise en œuvre du programme de la renaissance est très claire.

Des erreurs, nous déjà passés à la crise ; et de celle-ci, nous risquons de glisser vers la rupture puis à la radicalisation qui détruira ce qui reste de la démocratie. Vos cauteleux stratagèmes, vos subterfuges et vos fourberies auront alors abouti : le Niger sera réduit à accepter l’inacceptable et à tolérer l’intolérable d’un système dont elle n’a jamais voulu et qui ne lui a jamais été expliqué avec exactitude et vérité. Ce jour là, notre pays se trouvera en état de légitime défense, car vous aurait violé et la lettre et l’esprit de la Constitution. Alors si l’ombre du projet de le faire en 2016 vous tente renoncez-y dès maintenant.

Vous arrivez à débusquer quelques opportunistes caméléons tout prêts à passer d’un bord du fleuve à l’autre pour s’y noyer finalement ; mais cela n’y changera rien et vous le savez. Rien, car ou bien vous radicalisez et c’est la nation qui vous abandonne ; ou bien vous cédez en changeant de direction, et c’est votre majorité politique qui vous plante là, à commencer par les opportunistes.

Un seul recours vous permet d’éviter un tel dilemme : des élections vraiment démocratiques, libres et anticipées. Il vous appartient onc de décider, monsieur le Président !

Joyeux anniversaire Monsieur le président !

AMADOU ADAMOU Bachir

[1] Cicéron, Orationes Philippicae.

[2] Bernados, Le Chemin de la crois des âmes.

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