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CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER est une tribune d'animation critique de l'actualité politique africaine. Elle met un point d'honneur à la défense de la démocratie et des droits humains. Elle se propose d'assurer une veille citoyenne en livrant des appréciations empiriques des décisions politiques susceptibles d'entrer en collision avec la normalité démocratique et les droits fondamentaux des citoyens.


Le président de la République est-il réellement au-dessus des partis politiques ? L’article 46 de la Constitution mis à mal !

Publié par AMADOU ADAMOU Bachirou sur 2 Mai 2014, 00:49am

En tant que « président de tous les Nigériens », et en raison de la place qui, conformément à la tradition républicaine, est celle du chef de l'Etat dans l'organisation constitutionnelle des pouvoirs publics, le Président de la République ne s'exprime pas au nom d'un parti ou d'un groupement politique. Il ne doit même plus à ce titre, exprimer son admiration ou donner son assentiment à sa propre formation politique. En tant qu'arbitre politique suprême, gardien de la constitution, peut-il être le chef de l'État et de l'Exécutif et le leader de la « majorité présidentielle » ? Les tensions entre la Constitution (notamment l’article 46 en ces dispositions pertinentes : « Le Président de la République est le Chef de l'Etat. Il incarne l'unité nationale. Le Président de la République est au-dessus des partis politiques. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'unité nationale, de l'intégrité du territoire, du respect de la Constitution, des traités et accords internationaux. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l'Etat. »), et les pratiques qui ont cours à la « villa verte » sont là pour illustrer cette ambiguïté. Pourtant, la restructuration de notre système politique, dans son ensemble, change la hiérarchie des paradigmes de la liberté individuelle et de la démocratie politique en positionnant l'exigence des droits de l'homme et du citoyen par dessus tout et, notamment, par dessus les problèmes de l'aménagement de l'équilibre des pouvoirs politiques. Plus précisément, toute réforme des instances du pouvoir politique est d'abord évaluée par rapport aux incidences directes qu'elle peut avoir sur les droits de l'homme et du citoyen.

Comme l’écrivait ainsi le professeur Jean du Bois de Gaudusson lorsqu’il s’interrogeait sur le modèle du statut constitutionnel du chef de l’Etat en Afrique, au-delà des textes et des instituions souvent en trompe-l’œil, revus et corrigés pour les besoins de la cause, le pouvoir politique s’analyse en un réseau de pouvoirs dominé par l’hégémonie bureaucratique politico-partisane, maitrisé par le chef de l’Etat et un clan, voire une ethnie ; bénéficiaire d’une véritable confusion constitutionnelle, le chef de l’Etat est toujours au cœur du pouvoir, le cœur même du pouvoir et pour le cas du président de la République du Niger, ce pouvoir, il semble le tenir même au sein de sa formation politique. La faiblesse congénitale du juge constitutionnelle et son impuissance à régir les relations de pouvoir et à exercer ses fonctions d’arbitrage politique, conforte et valide aujourd’hui les propos de monsieur Alassane Dramane Ouattara, Lorsqu’en 1999, il écrivit que «… la plupart des pays sont gouvernés par des despotes, éclairés ou non, qui se plaçaient au dessus des lois ». Le président de la République serait-il réfractaire au légalisme ou réticent au partage du pouvoir ou à sa limitation? Il faudra bien replacer les responsabilités et mettre les hommes, face aux leurs. On attend du chef de l’Etat qu’il assure l’autorité et la stabilité dans un contexte politique peu propice, en raison d’un multipartisme débridé, multipartisme qui favorise par son caractère inorganisé les glissements autoritaires et populistes.

Il est évident que la tentation présidentialiste et népotique de la présidence Issoufou, menace à certains égard le processus démocratique au Niger à la veille des échéances électorales. L’allégeance de son ministre de l’Intérieur à des dissidents issus de partis politiques de l’opposition, et à qui, il donne quitus pour diriger ces formations politiques, n’a-t-elle pas pour conséquence de donner un cachet particulier à la compétition politique de 2016, de la personnaliser plus encore, et de contribuer à renforcer la position de vainqueur du président candidat à sa succession ? Au surplus ne rend-elle pas illusoire une réelle limitation du pouvoir du Chef de l’Etat et de rendre illégale et à terme conflictuelle les résultats des élections à venir ? N’a-t-elle pas pour dessein d’éliminer les concurrents ?

En rappelant à ses cotés, comme ministre d’Etat à la présidence, son désormais ex-ministre des affaires étrangères, par ailleurs président du parti dont il fut le principal leader historique jusqu’à son élection en 2011, le président de la République semble jeter en pâture la Constitution qui le place au-dessus des partis politiques. En effet, la rigueur démocratique aurait commandé au président de la République de remercier tout simplement son ex-chef de la diplomatie, après quatre années de bons et loyaux services, en l’invitant ainsi à aller sur le terrain, à la rencontre des populations pour s’enquérir de la situation en vue des prochaines échéances électorales. Par conséquent, en le désignant ministre à la présidence, sans véritable attribution, le président de la République semble ouvrir son QG de campagne qu’il co-préside lui-même avec le président de son propre parti, prônant ainsi, une nouvelle organisation électorale qui abandonnerait la logique constitutionnelle, traditionnellement admise.

Or, la consolidation démocratique ne dépend que des hommes et seulement les hommes. Le rôle du leadership et de l’attachement du chef de l’Etat aux valeurs constitutionnelles, peuvent revêtir une signification particulière dans ces périodes. Cette responsabilité pèse sur la seule personne du chef de l’Etat qui, même s’il est tributaire d’autres forces et contraintes, dispose de pouvoirs pour y faire face. Il lui revient d’appliquer les textes fondamentaux et de faire évoluer notre démocratie dans le sens d’une alternance véritable et non dans une entreprise diablement périlleuse pour notre pays.

La démocratie est en effet, un système très complexe, l’alternance un processus subtil, et l’avenir, par définition, imprévisible.

A bon entendeur, salut !

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