Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER est une tribune d'animation critique de l'actualité politique africaine. Elle met un point d'honneur à la défense de la démocratie et des droits humains. Elle se propose d'assurer une veille citoyenne en livrant des appréciations empiriques des décisions politiques susceptibles d'entrer en collision avec la normalité démocratique et les droits fondamentaux des citoyens.


LE TRIBUNAL DE L’IMPUISSANCE : Un mariage forcé à la Cour des comptes

Publié par Maitre Bachir sur 14 Septembre 2016, 16:50pm

LE TRIBUNAL DE L’IMPUISSANCE : Un mariage forcé à la Cour des comptes

Que son procès se déroule au milieu de la clameur publique ou dans l’anonymat feutré d’un prétoire, qu’il soit « innocent », qu’il soit « coupable », le Premier président de la Cour des comptes nouvellement désigné reste avant tout une pitoyable victime finement broyée par une froide mécanique juridique et politique. Ses seuls privilèges, il le doit à sa qualité d’économiste. A ce titre on lui reconnaît encore une certaine crédibilité et lui pourvoit le bénéfice du doute. Mais le doute n’est le plus souvent synonyme que de sursis. Bientôt le voilà voué à l’exécration des juristes et des spécialistes de la finance et relégué dans un domaine juridico-financier fortement structuré.


On opposera certainement à ceux qui s’insurgeront contre ce décret présidentiel nommant désormais le ministre des finances à la tête de la haute juridique nigérienne en matière de contrôles des finances publiques, le parcours édifiant du concerné, au nom d’un attribut de la compétence. Pourtant, on le voit naître et s’épanouir, dans le creuset de la renaissance, aiguillonné par les consignes natalistes qui en émanent. C’est en cela que la juridiction risquerait de connaître un coup dur ou du moins une inquiétante dépendance organique et spirituelle, contrairement à l’orthodoxie qui sous-tend sa création. Car s’il n’y a pas d’objection au fait que les rênes de la juridiction financière soient confiées à un économiste, il est à se demander si de tous les diplômés Nigériens en cette matière, seul le ministre des finances encore en activité dispose du profil requis. C’est en effet cette absence d’élégance dans le choix du président de la cour des comptes qui remet au centre du débat public, l’intérêt du Chef de l’Etat à la « méritocratie nigérienne » et la volonté du régime actuel a dépolitiser l’administration publique. En effet, au-delà de l’amitié entre les deux hommes, et même dans le cas caricatural où il serait présenté comme étant le seul économiste qualifié au Niger, l’élégance apparente aurait commandé que le ministre ne soit plus au gouvernement pour être désigné à la présidence de la Cour des comptes. Or, en désignant l’actuel ministre des finances à la tête de la haute juridiction financière, les institutions nigériennes et notamment l’institution de la justice vient de prendre un coup dur de la part de l’exécutif. Mais au-delà, c’est le principe de la séparation des pouvoirs qui tend à être menacé. Or, à ces « bizarreries juridiques » les Pères de la renaissance, substituent un impératif prioritaire et absolu : contrôler les institutions stratégiques. Toute la raison d’être des décisions incongrues est à recherchée dans cette motivation : contrôler Tout.


Derrière cette sacro-sainte façade de Conseil supérieur de la magistrature, il serait très commode de ne voir se mouvoir que les rouages du mépris de l’intellect et un exutoire de compensation. En fait, une réalité plus grave s’impose à l’évidence. L’Etat n’est-il pas entrain d’être érigé en cette entité d’abstraction aussi prestigieuse qu’incontrôlable ? Les ressorts qui animent le chef de l’Etat, sont en l’espèce pleins de mystère. L’exaltation et la surestimation de sa politique pseudo-démocratique dont la réalité évidente est aux antipodes de la séparation des pouvoirs, l’escalade sans fin de ses prouesses démocratiques, loin de l’apaiser, le précipitent dans la spirale infernale de l’angoisse au point de ne croire à aucun Nigerien qui ne serait pas de son clan. Cette angoisse est hissée à la hauteur de sa pensée, car croit-il, sans y procédé de la sorte, l’univers dont il s’entoure risque de démystifier, de se disloquer à tout moment.


Le procès de la condamnation de l’élite lui apporte-t-il un réconfort autrement substantiel ? N’est-il pas dans cette position idéale qui lui permet d’affirmer tout haut, ou par contrecoup implicite, sa propre conformité aux normes juridiques communément admises.


Mais il importe de souligner que la conformité même dans le cas où elle venait à être opérée, la nomination d’un ministre des finances en exercice, fut-il le seul économiste qualifié ( alors qu’il n’en est rien), à la tête de la plus haute juridiction financière du pays, présente une anomalie démocratique et voué d’office à l’inaction. Le paradoxe n’est de ce fait qu’apparent : L’institution doit être, à l’image de son sauveur, le symbole cette renaissance qui s’incarne, en l’occurence, dans une exaltation politique quotidienne.


Dans de telles conditions, l’action en justice prend la forme d’un jeu de hasard. Il est à se demander si la renaissance n’est pas népotisme ? La pratique est telle que le principe de la réciprocité est le seul qui vaille. L’ arbr généalogique que constituent la renaissance et dont les ramifications s’étendent à toute l’administration publique en passant par les cabinets ministériels et les chancelleries est entrain de s’emparer de la justice. Le socialisme serait-il devenu une agence de placement familial ? A en croire la conception Balzacienne du népotisme on serait tenter de le dire. En effet, selon Balzac, le népotisme est « ... une tyrannie invisible, insaisissable, qui a pour auxiliaire des raisons puissantes, le désir d’être au milieu de sa famille, de surveiller ses propriétés, l’appui naturel qu’on se prête ( les garanties que trouve l’administration en voyant son agent sous les yeux de ses concitoyens et de ses proches...) ». C’est de par le népotisme qu’une nation cesse d’être démocratique. Il interdit aux uns de s’élever ( c’est à dire ceux qui ne sont pas de la famille) et permet aux autres de tenir les leviers de commande, l’un portant l’autre. Le népotisme est en vérité l’ultime régression d’une nation.

Maitre Bachir

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents