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CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER est une tribune d'animation critique de l'actualité politique africaine. Elle met un point d'honneur à la défense de la démocratie et des droits humains. Elle se propose d'assurer une veille citoyenne en livrant des appréciations empiriques des décisions politiques susceptibles d'entrer en collision avec la normalité démocratique et les droits fondamentaux des citoyens.


Plaidoyer pour une humanité plus grande des dirigeants : le Niger ne doit pas construire des centres de rétention sur son sol.

Publié par Maitre Bachir sur 9 Octobre 2016, 14:50pm

Plaidoyer pour une humanité plus grande des dirigeants : le Niger ne doit pas construire des centres de rétention sur son sol.

La décennie actuelledemeurera sans doute dans la mémoire collective comme une décennie de la crise de l’humanité marquée du double sceau de la violence et de la crise migratoire.
Depuis quelques années, la crise migratoire que vivent les pays développés soulève des tempêtes de protestations des peuples autochtones et divisent les politiques. De tous côtés, on est persuadé que c’est un envahissement dont la conséquence immédiate serait l’anarchie dans des sociétés organisées. On venait même à y voir l’à seule cause d’une crise de civilisation. De toutes parts et de plus en plus, s’élève une dénonciation, puis de contestation des politiques favorables à l’accueil des migrants. L’absurdité de cette situation est évidente. A une époque récente de l’histoire de l’humanité, les nations se sont constituées en union pour permettre aux populations de réapprendre à vivre ensemble, en réponse aux conflits mondiaux. C’est dans ce contexte que fut signé le 26 juin 1945, la Charte des Nations Unies entrée en vigueur le 24 octobre de la même année.
Les objectifs assignés à cette nouvelle organisation qui regroupe les Etats du monde sont essentiellement la coopération entre les Etats basée sur un idéal de sécurité, de développement économique, du progrès social, de garantie des droits fondamentaux avec pour finalité la réalisation de la paix
internationale.


Le contexte historique ayant pesé sur la création de cette organisation internationale, les Etats se sont préoccupés du sort des personnes déplacées après la seconde guerre mondiale et dont la prise en charge avait conduit à l’adoption, le 28 juin 1951, de la Convention relative aux réfugiés afin de répondre aux préoccupations proclamées par la Déclaration universelle des droits de l’homme en ces dispositions pertinentes des articles 13 et 14 ainsi formulées :


Art. 13 « 1) Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. 2) Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».


Art. 14) « 1)Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. 2) Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et principes des Nations unies ».


C’est en ce sens que la doctrine, dans une vision optimiste, qualifia l’humanité de « village planétaire ». Les Etats voient peu à peu leurs frontières disparaitre, tandis que les échanges humaines leur donnaient une âme mouvante et donnaient à l’humanité tout son sens. Dans biens des cas, les pays qui se sont développés le doivent à leur ouverture sur d’autres cultures, donc sur l’humanité.


Il est aujourd'hui regrettable d’assister au refus de l’humain pour des motivations économiques et inconscientes. On feint de vivre comme si les échanges n’existaient pas et l’on se réfère à des différences culturelles pour refuser de faire place à l’humain. On cherche à imputer la responsabilité de l’échec politique et ses conséquences à l’étranger dont la culpabilité reste entière aux yeux de la population au sein de laquelle il souhaite s’établir.
Il est parfois amusant de constater les illogismes apparents auxquels ce postulat conduit : les dirigeants européens, pour contenir les protestations de leurs peuples, plutôt que de faire face au problème, souhaitent le déplacer en utilisant certains pays pauvres comme arrière cour. C’est ainsi qu’on prévoit d’installer au Niger (terre de transit) trois (3) centres de rétention pour les candidats à l’immigration européenne qui traverseraient son territoire. En Echange, des financements seront accordés aux dirigeants pour faire face à la situation économique désastreuse et assurer une éducation des jeunes. Angela Merkel, justifiait ainsi le partenariat avec le Niger en juin dernier lorsqu’à l’occasion de la Conférence de Malte, elle s’entretenait avec le président Nigérien qu’elle a ensuite reçu à Berlin pour mieux préciser les termes du contrat. Ce contrat prévoit dans ses termes l’installation d’une base militaire allemande, parallèlement aux bases militaires françaises et américaines déjà installées. La chancelière allemande s’y rendra d’ailleurs pour la première fois au Niger le 10 octobre prochain.


Touts ces inconséquences procèdent de l’inévitable faiblesse humaine. Et je m’indigne et dénonce cette hypocrisie profonde, cette politique saugrenue destinée à obstruer la réalité du mépris de l’humain. Je demande humblement aux autorités nigériennes de ne pas s’engager dans cette entreprise inhumaine, cette lâcheté dont l’illogisme est évidente et contraire aux valeurs de civilisations humaines qui fondent notre personnalité et auxquels nous avons proclamés notre attachement dans notre Constitution. Je sais que la pression du matérialisme est forte chez nos dirigeants, mais elle ne doit pas les conduire à une telle absurdité aux antipodes de nos valeurs humaines de solidarité. De plus, comment le Niger pourrait-il, sans remettre en cause le Traité communautaire et l’objectif d’intégration régional et de l’unité africaine, en retenant sur son territoire des citoyens africains, car faut-il le souligner, l’objectif visé est d’empêcher aux ressortissants maliens et du Nigeria voisin de traverser notre sol pour regagner la Libye avant de finir en Europe. Pourtant l’objectif communautaire nous commande d’ouvrir nos frontières aux autres citoyens de la communauté en leur garantissant une liberté d’aller et venir sur notre territoire. Or, ce projet européen est aux antipodes de notre objection d’intégration car il nous commande de retenir sur notre sol, les immigrés qui y transiterait vont de les rapatrier chez eux echange d’une aide au développement, comme l’a fait il y a quelques mois la Turquie qui a reçu 3 millions d’euros de l’union européenne pour bloquer les réfugiés syriens et irakiens.

Ce constant d’absurdité est d’autant évident que le Niger est assurément l’un des pays africains qui compte le moins de ressortissants émigrés de part le monde. On ne saurait sous aucun prétexte, permettre sur notre territoire des centres de rétention visant à estomper une immigration ou disons-le clairement un phénomène que les plus grandes puissances n’ont pas pu arrêter. D’ailleurs n’est-ce pas la conséquence des politiques capitalistes qui s’abat sur le monde ?


Si on s’attelait à s’identifier dans cette citation qui nous commande de nous aimer les uns les autres, la tradition humaine ne perdra pas de son sens au point de pratiquer une telle politique absurde de l’immigration. Aujourd'hui on parle même sans être gêné de crise de réfugiés, feignant d’ignorer la motivation profonde qui anime le réfugié : la lutte pour sa survie. En réalité ce que nous appelons crise migratoire, en allant au fond de la question, dont on ne voit pas comment on démontrerait son importance décisive, n’est ce pas l’homme et son inconscient que l’on retrouve et non un phénomène dangereux comme officialisé par les politiques ? Ma conviction demeure que les échanges humaines, donc culturelles, mènent au pluralisme et à la tolérance et favorise les relations humaines.


La crise migratoire actuelle que vit les pays industrialisés d’Europe, exige-t-elle qu’une nation comme la notre accepte de polariser toutes ses forces dans les directions qu’elle indique ? Le Niger peut-il la maîtriser, en bloquant sur son territoire, des candidats à l’immigration des pays voisins qui transiteraient sur son sol ? Le développement économique du Niger dépendra-t-il indispensablement de l’enveloppe que certains pays occidentaux entendent lui allouer pour la création des centres de rétention ?


Beaucoup plus prévoyant que l’on croit communément, les politiques européens doivent comprendre que la hiérarchie des besoins, telle qu’ils la ressentent, n’est pas la seule concevable, que les définitions juridiques qu’ils utilisent ne sont pas parfaitement adéquates. Le grégarisme est en Afrique une tradition culturelle et constitue une valeur profonde.


La montée en puissance d’une idéologie « anti-immigrés » développe aujourd'hui de plus en plus un sentiment d’intolérance et du refus de l’humain. Le sentiment pour les classes moyennes, de sortir de leur situation d’extrêmes misères si le phénomène est endiguer, bouleverse toutes les hiérarchies. Ce qui explique le plus souvent les mouvements de contestations observés ça et là en Europe. Les frustrations matérielles peuvent parfois engendrer des mythes de revanche apocalyptique. Pourtant la question de l’immigration est une question grosse de conséquences, l’homme a de tout temps été défini comme un « pigeon voyageur ». Aucune loi, aucun règlement ne pourra l’arrêter, alors pourquoi donner le désir d’un changement que l’on sait impossible si ce n’est l’envie ubuesque de monter les uns contre les autres ?


Les images insoutenables de ces populations coupées du monde, de ces enfants décharnées vivant sous les coups de feux incessants devrait apparaître comme un implacable réquisitoire contre l’humanité, son inconscience, son égoïsme meurtriers. La tragédie à laquelle nous assistons, et les réactions qu’elle suscite nous renvoie à une interrogation sur une certaine vision du monde dans lequel nous vivons.


Ainsi le phénomène migratoire qui envahit l’Europe est-il présenté comme le résultat d’un ordre mondial dominé par les puissances industrielles faisant des pays en développement, un vaste réservoir de matières premières, utilisé de la façon la plus cynique pour le plus grand confort des nantis. Que signifient ces bateaux qui prennent le large des côtes atlantiques, lorsqu’on les compare aux « goulags de la faim », au pillage méthodique des pays dont ils sont les ressortissants par les multinationales des pays industrialisés ?


Comment peut-on espérer stopper les migrants économiques lorsqu’en raison du déséquilibre économique qui contraint le pauvre a brader ses matières premières à des prix chaque année plus bas, à des riches qui leur vendent toujours plus chers leurs produits manufacturés. Comme et sortir d’une telle impasse autrement qu’en rétablissant l’équilibre des échanges internationaux ? L’idée qu’une grande partie de la guerre menée à la misère et à la faim se gagnera dans les pays développés est tellement forte et dominante qu’aucune politique de blocage ne saurait entamer le moral des candidats à l’immigration.


Il faut poser le problème de manière pragmatique et réfléchir à des solutions beaucoup plus humanistes, réalistes et raisonnables. Or, la conviction des politiques européens c’est en empêchant à ces candidats à l’immigration de partir qu’on stoppera le phénomène. Et pour ce faire, le Niger est prêt à arrêter ceux qui transiteraient par son territoire avant de les rapatrier chez eux. Comme la Turquie qui venait d’obtenir 3 millions d’euros de l’union européenne pour bloquer les réfugiés Syriens et Irakiens qui transitent sur son sol pour rejoindre l’Europe.


Le monde est perfectible et nous devons y contribuer puisque nous avons les pouvoirs de décisions. La Croyance générale à la nature positive de l’homme, que l’on peut discerner, peut nous laisser espérer.


« Aimez-vous les uns les autres ».



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