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CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER

CLIN D’ŒIL DU NIGER est une tribune d'animation critique de l'actualité politique africaine. Elle met un point d'honneur à la défense de la démocratie et des droits humains. Elle se propose d'assurer une veille citoyenne en livrant des appréciations empiriques des décisions politiques susceptibles d'entrer en collision avec la normalité démocratique et les droits fondamentaux des citoyens.


La démocratie mise à rude épreuve au Niger

Publié par Maitre Bachir sur 5 Novembre 2016, 13:30pm

Depuis 2013, après la formation du très controversé gouvernement d'union nationale devenu gouvernement de large ouverture, que je considère comme le premier échec politique du Président de la République, les vicissitudes politiques ont été de plusieurs ordres. A 108 jours des élections générales, si l’on en croit le chronogramme établi par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et à l’épreuve des faits, beaucoup d’interrogations méritent d’être posées. Que reste-t-il de notre système démocratique, où en est-il en définitive? Participe-t-il véritablement au développement économique de notre pays? Contribue-t-il à rassembler notre peuple ? N’est-il pas, au contraire, en train de nous diviser, de s’essouffler, même là où il avait déjà triomphé ?

Au Niger, la question pressante aujourd’hui, de plus en plus, ne porte pas tant en effet sur le degré d’effectivité de la démocratie que sur la pratique politique des acteurs participant et la plausibilité de l’espérance démocratique.

Assurément, les deux questions où en est notre système démocratique? Où en est l’idéal démocratique ? Sont indissociables. Et la première mériterait à elle seule une réponse systématique et détaillée, qui fait cruellement défaut. Certes, la démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections libres et transparentes, mais c’est une des composantes
essentielles voire indispensable à tout projet démocratique. En son absence, il est difficile d’apprécier les chances réelles pour la démocratie, à court ou moyen terme de s’enraciner durablement dans un pays. D’où l’importance des questions suivantes: Le Niger refuserait-il la démocratie ? Les acteurs politiques ont-ils mal compris le système ?

En effet, comment peut-on se réclamer de la légitimité démocratique lorsqu’on refuse la contradiction, le dialogue ? Dans ce contexte, peut-on sereinement organiser des élections crédibles que l’on dit vouloir inclusives ? N’est-ce pas dédit lorsqu’on déclare pompeusement vouloir organiser des élections inclusives et en même temps vouloir exclure de la course au pouvoir, sous les motifs les plus futiles et inopinés, les concurrents susceptibles de l’emporter ?

Or, la question que nous voudrions soulever ici, celle du malaise qui surgit de la pratique démocratique dans notre pays, est d’un ordre plus préventif. Faute de pouvoir affronter les problèmes posés par une inégalité économique et une criminalité mafieuse également massives, les politiques s’acharnent entre eux parfois au moyen de propos virulents et au
bout du compte, les gouvernants, au lieu de se mettre réellement au travail, s’attardent sur des invectives, échouant ainsi à faire prendre au pays, pour de bon, le tournant démocratique tant attendu. La récente sortie médiatique de monsieur BAZOUM Mohamed en témoigne éloquemment.

En effet, Tout porte à croire que selon l’entendement des tenants du pouvoir actuel, tout ceux qui ne croient pas en eux ou ne pensent pas comme eux, ne méritent pas d’appartenir à la communauté démocratique nigérienne. A l’évidence, on se dirige inexorablement vers un individualisme sciemment créé par la majorité. Or, « L’individualisme, écrivait Tocqueville, est un sentiment réfléchi et paisible, qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte qu’après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même[1] ». Partant, on peut tenir pour responsables, certains animateurs de la vie politique. C’est le cas par exemple de l’actuel coordonnateur chargé de la gestion du fichier électoral. Il ne saurait être le seul responsable, mais il en est le responsable direct, pour refus de communiquer. En effet, l’individualisme créé semble le soumettre à une autorité financière à laquelle il doit rendre compte. Faute d’une communication saine, le CFEB et son équipe, semble conduire le pays vers un chantier battu. Malgré son incrédibilité patente et ses démêlés judiciaires, le coordonnateur avait bénéficié d’une trêve citoyenne et politique, dans l’espoir qu’il puisse relever le défi.
Mais c’est mal connaitre la capacité d’un être soumis.

Dans ce cadre général, déjà peu propice à l’épanouissement des vertus démocratiques, le silence du CFEB accrue par le mimétisme des autorités publiques, notamment le chef de l’Etat, donne à penser que tout est en train d’être fait pour créer un suspens, ce qui constitue une menace réelle pour la démocratie. En effet, on ne songe plus à bâtir un État démocratique, mais à renouveler son statut pour profiter des privilèges gracieusement offerts par le pouvoir.

L’idéal démocratique est notre seul idéal, mais à cet idéal on croit de moins en moins à l’épreuve des faits dont sont responsables les animateurs politiques.

Dès lors, ne convient-il de faire le plein de la mémoire critique pour imposer un comportement responsable et une transparence dans la conduite des actions politiques notamment les échéances électorales à venir?
Nulle irresponsabilité d’un homme, nul égoïsme politique, nulle œuvre indélicate et nulle pratique occulte ne doivent conduire notre pays sur le chemin tortueux d’une éventuelle crise électorale. Les exemples sont connus pour être cités
ici. Il appartient donc aux démocrates sincères de veiller rigoureusement à la création d’un climat propice à des élections libres, crédibles et inclusives. C’est la seule façon d’honorer la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour que la démocratie, la véritable démocratie puisse s’affirmer au Niger.

Nous concluons en rappelant le célèbre et précieux plaidoyer de John Stuart Mill pour la liberté : « Si toute l’humanité moins une personne était d’une seule opinion, l’humanité n’aurait pas davantage le droit de réduire cette personne au silence que celle-ci […] n’aurait le droit de réduire au silence l’humanité. » Mieux, en cas d’unanimité absolue, il conviendrait d’encourager la discordance pour préserver la liberté. Alors ne restons pas sans rien faire, car si nous recevons la politique que nous méritons, nous avons le pouvoir d'agir pour obtenir ce dont nous avons besoin.

[1] Tocqueville, De la démocratie en Amérique, t. II, Gallimard, 1961, p.105

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